Il met l'accent sur deux sites : Washington Post et Politico.
Le site Washington Post a une très forte puissance à agréger, à rassembler des informations venant de milliers de sources du net ; il accueille 600 blogueurs (dont Barak Obama avant son élection). Il vient d'être vendu pour 635 millions de dollars.
Politico est mono-thématique et se concentre sur l'actualité du congrès américain dont ses journalistes font le siège 24 heures sur 24. En poussant à son terme la logique de l'accélération, Politico impose à l'ensemble de la presse américaine un nouveau rythme d'info en continu (passage du 1/4 d'heure aux 5 minutes) qui fait référence pour l'ensemble des médias : tout présentateur télé va sur Politico avant de démarrer son journal pour ne rien rater des éventuelles dernières news d'une actualité politique que les journalistes de Politico sont les plus aptes à suivre. En combinant accélération de l'info et saturation d'un sujet, Politico invente une nouvelle manière de faire du journalisme.
Pour Ignacio Ramonet cependant, aucun de ces deux sites ne résout le problème central de la presse en et hors ligne, celui de la pertinence du modèle économique : il rappelle à cet égard la vente de Newsweek pour un euro symbolique, à laquelle fait écho le "don" de la Tribune par Alain Weill.
D'un autre côté, la course à l'accélération tend de plus en plus à mettre en question et fragiliser la fiabilité et la crédibilité de l'information : le journaliste n'a plus le temps de vérifier l'information, de la recouper, la regrouper, tout retard pris dans la publication en ligne impacte la reprise sur les moteurs de recherche (Google), l'audience, et donc la publicité, etc.
Ce mouvement d'accélération de la production/diffusion et d'appauvrissement de l'information en terme d'espace (production de brèves : cf. twitter) et des contenus (on divulgue des faits), est évidemment à l'opposé du modèle du Monde diplomatique, caractérisé par la longueur des papiers, la réflexion, l'analyse.
On peut espérer cependant qu'une place existera pour des médias et des journalistes exigeants sachant opérer à contre-courant et sortir du tout-actu pour passer de l'impression fugitive à la réflexion, de la brièveté au raisonnement, et échapper à la dégradation de l'expression pour redonner à l'écriture journalistique sa richesse de genre littéraire.
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