Bio.
François Bourdoncle co-fonde d'Exalead en 2000 dans le but de développer un moteur de recherche conçu pour gérer autant la complexité que
les gros volumes de données. La société est racheté par Dassault Systèmes en 2010. François Bourdoucle est membre de la
commission Lauvergeon « Innovation 2030 ».
Retour en arrière.
-Amazon : valorisation des données par le système de recommandation (pas les inventeurs mais les premiers utilisateurs).
-Amazon : valorisation des données par le système de recommandation (pas les inventeurs mais les premiers utilisateurs).
-Web 2.0 : réseaux sociaux, données plus personnelles,
ciblage pub. Liens sponsorisés en lien avec ce que recherche l’utilisateur.
Mais les technologies des bases de données ont du mal à répondre aux besoins,
donc ils développent des technos propriétaires pour le traitement statistique
de l’info.
Big Data.
Désigne la capacité des entreprises à utiliser les données qu’elles accumulent, en particulier par l’intermédiaire des objets, machines connectées. Ex. les berlines allemandes qui diffusent des données de télémaintenance toutes les heures. Ou des balances connectées.
Désigne la capacité des entreprises à utiliser les données qu’elles accumulent, en particulier par l’intermédiaire des objets, machines connectées. Ex. les berlines allemandes qui diffusent des données de télémaintenance toutes les heures. Ou des balances connectées.
Des boîtes françaises sont leader mondial des objets
connectés, ce qu’on appelle le machine to machine.
Dassault Systèmes est leader en PLM = Product Livecycle
Management. Le livecycle va comprendre le produit non seulement en cours de
production, mais aussi en cours d’utilisation réelle : donc intérêt pour
le marketing et l’axe de vente.
La commission
Lauvergeon pour l’innovation.
Le Big Data fait partie des 7 axes de réflexion et de
proposition innovantes de la commission
« Innovation 2030 » présidée par Anne Lauvergeon (rapport remis le 11 octobre
2013 à François Hollande), donc les deux cibles sont : construire des
ressources à l’exportation ; créer des emplois.
Les 7 axes sont :
1 – Le stockage de l’énergie
C’est la brique indispensable pour réussir la transition
énergétique. Le développement des énergies renouvelables, pour la plupart
intermittentes, l’optimisation de la production électrique et le déploiement de
la portabilité, nécessiteront des innovations de rupture au niveau des systèmes
de stockage. De nombreux verrous technologiques et industriels restent à
débloquer pour abaisser les coûts et augmenter les performances.
2 – Le recyclage des matières
La raréfaction et le renchérissement des métaux mais aussi
la protection environnementale rendront indispensables le recyclage, en
particulier des métaux rares (titane, cobalt, tungstène, platine…), qui sont
présents dans les objets électroniques du quotidien. Leur faible quantité, la
difficulté de les séparer des alliages, les rendements insuffisants…sont autant
d’obstacles technologiques encore à surmonter. Il faut aussi organiser toute la
chaîne du recyclage, de l’éco-conception des produits à l’adaptation de la
fiscalité.
3 – La valorisation des richesses marines
La valorisation des métaux dont regorge le fond de la mer
n’est qu’à ses prémices (hors hydrocarbures), alors que le sous-sol marin
recèle des ressources minérales certainement supérieures aux quantités
terrestres. L’un des leviers sera de développer des technologies innovantes
d’exploration, d’exploitation et de traitement de ces minéraux. Autre priorité
planétaire, il faudra rendre le dessalement de l’eau de mer moins énergivore et
plus compétitif pour que l’eau potable ne devienne pas une denrée rare.
4 – Les protéines végétales et la chimie verte
De nouveaux produits alimentaires devront être concoctés à
partir de protéines végétales pour répondre aux besoins de la croissance de la
population mondiale que seul le secteur de l’élevage ne pourra satisfaire. Avec
son agriculture, son industrie agroalimentaire et sa tradition d’innovation
culinaire, la France possède un fort potentiel d’exportation. De même que notre
richesse agricole servira à la mise au point de nouveaux biomatériaux et de
biocarburants ultra performants et compétitifs, pour s’affranchir à long terme
des matières premières d’origine pétrolière.
5 – La médecine individualisée
En s’appuyant sur les sciences dites « omiques » comme la
génomique, la biologie de synthèse, l’imagerie à très haute résolution au
niveau tissulaire ou cellulaire, ainsi que sur les nanotechnologies et le
numérique, la médecine du futur sera de plus en plus personnalisée avec des
thérapies ciblées et des traitements adaptés à chaque patient.
6 – La « silver economy »
En 2030, 30 % de la population française aura plus 60 ans et
12,3 % plus de 75 ans, selon l’Insee. Une économie nouvelle portée l’innovation
au service de la longévité va exploser pour palier la perte d’autonomie des
personnes âgées. Avec des seniors plutôt technophiles, un système de santé
centralisé, des compétences académiques, des technologies avancées et des
solutions intelligentes en domotique, robotique, téléassistance…la France doit
tirer son épingle du jeu.
7 – Le «big data »
L’explosion des données créées par les particuliers, les
entreprises et les pouvoirs publics sera porteuse de nouveaux usages à l’image,
aujourd’hui de l’adoption massive d’Internet, des smartphones, des réseaux
sociaux ou du e-commerce. La révolution numérique produira aussi des gains de
productivité considérables dans tous les grands secteur de l’économie :
santé, environnement, banque, assurance, tourisme...Des projets émergents comme
les « smart cities » ou les « smart grids » généreront aussi des masses
d’informations qu’il faudra être capable de traiter en temps réel.
Les enjeux du Big
Data
La presse et le commerce de proximité ont été les premiers
secteurs victimes de la révolution numérique et ont radicalement changé de modèle
économique. D’autres secteurs qui ne le savent pas (banques, assurances,
tourisme…) vont être impactés par cette révolution numérique. Dans ce contexte le big data va être non seulement un outil de productivité mais aussi un vecteur
de compétitivité.
Par exemple le secteur de la santé publique en situation critique
du fait de l’explosion des coûts. dont Il
faut passer d’une logique curative à une logique préventive : soit pour
les maladies chroniques, envisager pour les patients de porter des objets pour
monitorer la tension, le diabète, en relation avec le médecin.
Le scandale du NSA a révélé la sensibilité des Européens au
contrôle de la vie privée : l’avantage européen est peut-être de parvenir
à établir un équilibre (plus que les autres pays) entre la création de
richesses et la protection de la liberté. En sachant qu’aujourd’hui les banques
savent tout sur nous, et les assurances aussi : mais on accepte car la
carte bleue nous rend service et son usage est régulé. Il peut en être de même
dans le domaine de la santé. A cet égard l’exemple de la NSA peut se révéler un
avantage pour les Européens.
Les atouts sectoriels
pour la France dans le Big Data
1) sur les infrastructures logiciels et matériels : les Américains sont déjà très en avance.
1) sur les infrastructures logiciels et matériels : les Américains sont déjà très en avance.
2) la capacité des groupes nationaux leaders dans leur
secteur (Axa, Total) d’aller à l’export avec des produits innovants pour en
rapporter des devises : il faut faire en sorte que ces grands groupes se
mettent en accord avec les PME technos.
3) les pure players, faisant de l’internet des objets et
capables de traiter et de valoriser les données.
(Un des avantages de l’assurance maladie en France, par
rapport aux US, est qu’ici tout est centralisé).
Les difficultés.
Il est anxiogène pour les grandes sociétés de penser qu’elles
sont en danger. Mais on sait que Google a acheté une compagnie d’assurances, et
on peut supposer que les assurés qui accepteront de porter une future Google
Watch paieront leur assurance deux fois moins cher.
Le monde est violemment néolibéral, dans le sens individualiste.
La demande sociétale est pour ce genre de choses.
Mais la France schizophrène est dans l’incapacité de
discuter sereinement de ces sujets en pesant le rapport bénéfices, gains, en
prenant en compte la notion de prise de risque. C’est la différence entre la France
et les pays anglo-saxons.
Mais les sociétés européennes vont être confrontées à ce
choix-là. Le big data peut être le vecteur de la compétitivité des secteurs qui
ne sont pas encore impactés par la vague numérique mais le seront.
En soi le « big data » est ancien (les assurances, banques, en font depuis
toujours).
Mais c’est nouveau : l’avantage pour la France est la
qualité de formation de ses écoles d’ingénieurs, à condition que l’on puisse en
adapter la formation à la double compétence informatique et statistiques.
Une question est aussi de comment passer d’une logique
française (CNIL), où tout ce qui n’est pas autorisé est interdit, à une logique
plus anglo-saxonne où tout ce qui n’est pas interdit est autorisé, relevant
plus d’un principe d’expérimentation.
Dans les études d’impact d’un projet, comme dans procédures
de marchés publics, on propose de rajouter le critère d’innovation. Le rapport
Lauvergeon propose aussi pour les entreprises le partage des expériences d’achats
innovants.
Questions.
-Big Data et Opendata :
l’opendata (très important pour les innovations d’usage) est le bout de la
chaîne du big data.
-Le tourisme :
« un secteur sinistré car la relation-client est captée par booking.com,
etc. Les hôteliers hors-course doivent recapter la relation-client. Il y a peu
de projets big data intéressants car il est plus plus compliqué de faire du big
data que de faire du web social dans un garage à deux personnes ».
-Université
Paris-Descartes, question sur la pertinence de proposer aux entreprises d’exploiter
les données de la recherche : « les données n’ont d’intérêt que dans
la mesure où elles peuvent être utilisées par l’entreprise ; mais cela peut
se faire non par un « transfert de technologies » mais par un « transfert »
des chercheurs vers l’entreprise : en effet les seuls à même d’exploiter
les données et de faire une application à partir d’elles sont les chercheurs
qui en connaissent la valeur, et sont donc capables de la révéler »
-stratégie
industrielle et financement de l’innovation : « tous les pays du
monde font de la stratégie industrielle. Mais la logique de financement de l’innovation
en France est absurde : on arrose et on espère que ça va pousser, c’est
une vision macro-économique. Or une société croît quand on lui achète quelque
chose. La vision micro-économique, c’est celle de l’Etat en position d’acheteur,
la logique dans laquelle était l’Etat au moment de la construction des
centrales nucléaires, d’Airbus, etc. Il faut y revenir. La vision de l’Etat
subventionneur est toxique : car elle entretient une concurrence
artificielle entre des sociétés dont une devrait mourir et l’autre devenir
champion ; ça coûte de l’argent aux contribuables et ne crée pas de
richesses. Ce qu’il faut c’est encourager soit les grands groupes à l’export,
soit soutenir les pure players capables de créer des données dans un domaine
étroit, particulier, et de les valoriser dans un modèle vertical intégré, car
les données vont valoir des fortunes. »