vendredi 25 octobre 2013

François Bourdoncle : conférence à IAE Paris sur le Big data, le 24 octobre 2013.

Bio.
François Bourdoncle co-fonde d'Exalead en 2000 dans le but de développer un moteur de recherche conçu pour gérer autant la complexité que les gros volumes de données. La société est racheté par Dassault Systèmes en 2010. François Bourdoucle est membre de la commission Lauvergeon « Innovation 2030 ».

Retour en arrière.
-Amazon : valorisation des données par le système de recommandation (pas les inventeurs mais les premiers utilisateurs).
-Web 2.0 : réseaux sociaux, données plus personnelles, ciblage pub. Liens sponsorisés en lien avec ce que recherche l’utilisateur. Mais les technologies des bases de données ont du mal à répondre aux besoins, donc ils développent des technos propriétaires pour le traitement statistique de l’info.  

Big Data.
Désigne la capacité des entreprises à utiliser les données qu’elles accumulent, en particulier par l’intermédiaire des objets, machines connectées. Ex. les berlines allemandes qui diffusent des données de télémaintenance toutes les heures. Ou des balances connectées.
Des boîtes françaises sont leader mondial des objets connectés, ce qu’on appelle le machine to machine.
Dassault Systèmes est leader en PLM = Product Livecycle Management. Le livecycle va comprendre le produit non seulement en cours de production, mais aussi en cours d’utilisation réelle : donc intérêt pour le marketing et l’axe de vente.

La commission Lauvergeon pour l’innovation.
Le Big Data fait partie des 7 axes de réflexion et de proposition innovantes de la  commission « Innovation 2030 » présidée par Anne Lauvergeon (rapport remis le 11 octobre 2013 à François Hollande), donc les deux cibles sont : construire des ressources à l’exportation ; créer des emplois.

Les 7 axes sont : 
1 – Le stockage de l’énergie
C’est la brique indispensable pour réussir la transition énergétique. Le développement des énergies renouvelables, pour la plupart intermittentes, l’optimisation de la production électrique et le déploiement de la portabilité, nécessiteront des innovations de rupture au niveau des systèmes de stockage. De nombreux verrous technologiques et industriels restent à débloquer pour abaisser les coûts et augmenter les performances.

2 – Le recyclage des matières
La raréfaction et le renchérissement des métaux mais aussi la protection environnementale rendront indispensables le recyclage, en particulier des métaux rares (titane, cobalt, tungstène, platine…), qui sont présents dans les objets électroniques du quotidien. Leur faible quantité, la difficulté de les séparer des alliages, les rendements insuffisants…sont autant d’obstacles technologiques encore à surmonter. Il faut aussi organiser toute la chaîne du recyclage, de l’éco-conception des produits à l’adaptation de la fiscalité.

3 – La valorisation des richesses marines
La valorisation des métaux dont regorge le fond de la mer n’est qu’à ses prémices (hors hydrocarbures), alors que le sous-sol marin recèle des ressources minérales certainement supérieures aux quantités terrestres. L’un des leviers sera de développer des technologies innovantes d’exploration, d’exploitation et de traitement de ces minéraux. Autre priorité planétaire, il faudra rendre le dessalement de l’eau de mer moins énergivore et plus compétitif pour que l’eau potable ne devienne pas une denrée rare.

4 – Les protéines végétales et la chimie verte
De nouveaux produits alimentaires devront être concoctés à partir de protéines végétales pour répondre aux besoins de la croissance de la population mondiale que seul le secteur de l’élevage ne pourra satisfaire. Avec son agriculture, son industrie agroalimentaire et sa tradition d’innovation culinaire, la France possède un fort potentiel d’exportation. De même que notre richesse agricole servira à la mise au point de nouveaux biomatériaux et de biocarburants ultra performants et compétitifs, pour s’affranchir à long terme des matières premières d’origine pétrolière.

5 – La médecine individualisée
En s’appuyant sur les sciences dites « omiques » comme la génomique, la biologie de synthèse, l’imagerie à très haute résolution au niveau tissulaire ou cellulaire, ainsi que sur les nanotechnologies et le numérique, la médecine du futur sera de plus en plus personnalisée avec des thérapies ciblées et des traitements adaptés à chaque patient.

6 – La « silver economy »
En 2030, 30 % de la population française aura plus 60 ans et 12,3 % plus de 75 ans, selon l’Insee. Une économie nouvelle portée l’innovation au service de la longévité va exploser pour palier la perte d’autonomie des personnes âgées. Avec des seniors plutôt technophiles, un système de santé centralisé, des compétences académiques, des technologies avancées et des solutions intelligentes en domotique, robotique, téléassistance…la France doit tirer son épingle du jeu.

7 – Le «big data »
L’explosion des données créées par les particuliers, les entreprises et les pouvoirs publics sera porteuse de nouveaux usages à l’image, aujourd’hui de l’adoption massive d’Internet, des smartphones, des réseaux sociaux ou du e-commerce. La révolution numérique produira aussi des gains de productivité considérables dans tous les grands secteur de l’économie : santé, environnement, banque, assurance, tourisme...Des projets émergents comme les « smart cities » ou les « smart grids » généreront aussi des masses d’informations qu’il faudra être capable de traiter en temps réel.

Les enjeux du Big Data
La presse et le commerce de proximité ont été les premiers secteurs victimes de la révolution numérique et ont radicalement changé de modèle économique. D’autres secteurs qui ne le savent pas (banques, assurances, tourisme…) vont être impactés par cette révolution numérique. Dans ce contexte le big data va être non seulement un outil de productivité mais aussi un vecteur de compétitivité.
Par exemple le secteur de la santé publique en situation critique du fait de l’explosion des coûts.  dont Il faut passer d’une logique curative à une logique préventive : soit pour les maladies chroniques, envisager pour les patients de porter des objets pour monitorer la tension, le diabète, en relation avec le médecin.

Le scandale du NSA a révélé la sensibilité des Européens au contrôle de la vie privée : l’avantage européen est peut-être de parvenir à établir un équilibre (plus que les autres pays) entre la création de richesses et la protection de la liberté. En sachant qu’aujourd’hui les banques savent tout sur nous, et les assurances aussi : mais on accepte car la carte bleue nous rend service et son usage est régulé. Il peut en être de même dans le domaine de la santé. A cet égard l’exemple de la NSA peut se révéler un avantage pour les Européens.

Les atouts sectoriels pour la France dans le Big Data
1) sur les infrastructures logiciels et matériels : les Américains sont déjà très en avance.
2) la capacité des groupes nationaux leaders dans leur secteur (Axa, Total) d’aller à l’export avec des produits innovants pour en rapporter des devises : il faut faire en sorte que ces grands groupes se mettent en accord avec les PME technos.
3) les pure players, faisant de l’internet des objets et capables de traiter et de valoriser les données.
(Un des avantages de l’assurance maladie en France, par rapport aux US, est qu’ici tout est centralisé).

Les difficultés.
Il est anxiogène pour les grandes sociétés de penser qu’elles sont en danger. Mais on sait que Google a acheté une compagnie d’assurances, et on peut supposer que les assurés qui accepteront de porter une future Google Watch paieront leur assurance deux fois moins cher.
Le monde est violemment néolibéral, dans le sens individualiste. La demande sociétale est pour ce genre de choses.
Mais la France schizophrène est dans l’incapacité de discuter sereinement de ces sujets en pesant le rapport bénéfices, gains, en prenant en compte la notion de prise de risque. C’est la différence entre la France et les pays anglo-saxons.
Mais les sociétés européennes vont être confrontées à ce choix-là. Le big data peut être le vecteur de la compétitivité des secteurs qui ne sont pas encore impactés par la vague numérique mais le seront.

En soi le « big data » est ancien  (les assurances, banques, en font depuis toujours).
Mais c’est nouveau : l’avantage pour la France est la qualité de formation de ses écoles d’ingénieurs, à condition que l’on puisse en adapter la formation à la double compétence informatique et statistiques.

Une question est aussi de comment passer d’une logique française (CNIL), où tout ce qui n’est pas autorisé est interdit, à une logique plus anglo-saxonne où tout ce qui n’est pas interdit est autorisé, relevant plus d’un principe d’expérimentation.

Dans les études d’impact d’un projet, comme dans procédures de marchés publics, on propose de rajouter le critère d’innovation. Le rapport Lauvergeon propose aussi pour les entreprises le partage des expériences d’achats innovants.

Questions.
-Big Data et Opendata : l’opendata (très important pour les innovations d’usage) est le bout de la chaîne du big data.

-Le tourisme : « un secteur sinistré car la relation-client est captée par booking.com, etc. Les hôteliers hors-course doivent recapter la relation-client. Il y a peu de projets big data intéressants car il est plus plus compliqué de faire du big data que de faire du web social dans un garage à deux personnes ».

-Université Paris-Descartes, question sur la pertinence de proposer aux entreprises d’exploiter les données de la recherche : « les données n’ont d’intérêt que dans la mesure où elles peuvent être utilisées par l’entreprise ; mais cela peut se faire non par un « transfert de technologies » mais par un « transfert » des chercheurs vers l’entreprise : en effet les seuls à même d’exploiter les données et de faire une application à partir d’elles sont les chercheurs qui en connaissent la valeur, et sont donc capables de la révéler »


-stratégie industrielle et financement de l’innovation : « tous les pays du monde font de la stratégie industrielle. Mais la logique de financement de l’innovation en France est absurde : on arrose et on espère que ça va pousser, c’est une vision macro-économique. Or une société croît quand on lui achète quelque chose. La vision micro-économique, c’est celle de l’Etat en position d’acheteur, la logique dans laquelle était l’Etat au moment de la construction des centrales nucléaires, d’Airbus, etc. Il faut y revenir. La vision de l’Etat subventionneur est toxique : car elle entretient une concurrence artificielle entre des sociétés dont une devrait mourir et l’autre devenir champion ; ça coûte de l’argent aux contribuables et ne crée pas de richesses. Ce qu’il faut c’est encourager soit les grands groupes à l’export, soit soutenir les pure players capables de créer des données dans un domaine étroit, particulier, et de les valoriser dans un modèle vertical intégré, car les données vont valoir des fortunes. »