Olivier de Schutter,
rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation
Conférence tenue à la
Sorbonne le 17 février 2014.
Compte-rendu de François
Meekel : fmeekel@gmail.com.
*************
Il y a 50 ans (1968), la question de la faim se posait
(selon le biologiste Paul Ehrlich, auteur en 1968 de « The Population
bomb »[1]), dans
le contexte d’une démographie en forte croissance et d’une productivité
agricole déclinante, en termes malthusianistes. De fait on estime que la
population mondiale atteindra un plafond en 2040 avec 10 milliards 200 millions
d’êtres humains, que la moitié de cette population vivra de plus en plus dans
les villes dans toutes les parties du monde en 2030, et consommera de plus en
plus de viandes et de produits transformés.
Mais les problèmes de 1968 ne sont plus les mêmes aujourd’hui. Le taux de croissance de la population qui était en 1965 de 2,5% est en 2014 de 1,4%, et (le message de Erhlich a été entendu), la production agricole a cru plus vite que la population. Grâce aux progrès de la production agricole, la disponibilité de la nourriture a augmenté depuis 60 ans.
Le mérite en revient à la Révolution verte - initiée dès
1943 (d’abord au Mexque) grâce à la fondation Rockfeller, et qui reposait sur 4
piliers technologiques : l’amélioration des variétés végétales (surtout
riz et maïs) ; l’irrigation ; la mécanisation ; l’utilisation
des engrais et pesticides.
Cette réponse de l’agriculture aux défis des années 50-60 a
commencé en Amérique du Sud à partir de 65-66, puis en Asie du Sud-est, en Inde
(qui a vu le doublement de sa production).
Les Révolutions vertes ont épargné les famines et évité des catastrophes considérables, mais la lecture de la faim est aujourd’hui différente, les questions pertinentes dans les années 60 ne le sont plus aujourd’hui. Le modèle dont on a hérité n’a pas rempli toutes ses promesses et demeure problématique sur bien des plans.
A – Quatre problèmes principaux.
On peut identifier 4 problèmes principaux : le problème
de la faim et de la malnutrition ; l’oubli de la demande ; les
limites écologiques ; la croissance de la pauvreté.
1 - Le problème de la
faim et de la malnutrition n’a pas été résolu malgré les avancées
technologiques et l’augmentation des rendements agricoles de + 2,1% par an.
La FAO évalue aujourd’hui le nombre de personnes concernées
à 850 millions, mais il s’agit d’une sous-estimation : elle ne prend en
effet en compte que la sous-alimentation des personnes ayant un apport
calorique journalier insuffisant sur une année entière, sans tenir compte de la
très importante sous-alimentation saisonnière ; elle ne tient pas compte
non plus des chiffres correspondant à des situations particulières au niveau
des ménages et des familles, comme le fait que, en cas de pénurie,
l’alimentation de beaucoup de femmes et de filles d’Asie, qui ne mangent que
les restes des hommes, est sacrifiée au profit de l’alimentation
masculine ; elle se base enfin sur une estimation des besoins caloriques
correspondant à un mode de vie sédentaire (2400 cal/jour), sans prendre en
compte les besoins supérieurs en cas de travail aux champs. En fait, on peut
estimer que 1,2 milliard de personnes sont concernées.
En même temps, le problème principal n’est pas la sous-alimentation, mais la malnutrition. Il y a beaucoup plus de gens mal nourris que de gens sous-alimentés.
La malnutrition entraîne dans les pays en développement des carences et des déficits importants de micronutriments, comme le fer (pour 2 milliards de personnes). Une femme sur 3, dans les pays en développement est en état d’anémie et souffre, en particulier dans les périodes de grossesse, de déficits en vitamines A et C, de même que les enfants âgés de moins de 2 ans.
Dans les pays développés et émergents, les régimes trop
riches en graisses saturées, en sel, en sucre, entraîne l’obésité[2]
(1/3 de la population mexicaine), le diabète, des cancers, des maladies
cardio-vasculaires. La sous-estimation des aspects nutritionnels est le
résultat de la séparation des politiques agricole et des politiques de
santé.
2- L’oubli de la demande.
On a augmenté l’offre mais oublié la question de la demande.
Aujourd’hui les pertes subies dans le système alimentaire sont énormes. Deux
aspects en particulier : la consommation de viande, le gaspillage
alimentaire.
La consommation de viande :
La consommation de viande :
Elle augmente beaucoup plus vite que celle
de la population. Elle a été multipliée par 4 entre 1961 et 2009, la population
par 2.
La consommation est de 120 kg / an / personne aux Etats-Unis, entre 80 et 85 kg / an / personne en France, autour de 61-62 kg // an / personne en Chine, 11 kg / / an / personne en Inde et en Afrique. Raisonnablement, il faudrait parvenir à une consommation moyenne d’environ 35 kg / / an / personne dans le monde. Soit une réduction de la consommation de ¾ aux USA, de 2/3 en Europe, et un accroissement en Afrique.
Mais la trajectoire est intenable car la
consommation de la viande augmente proportionnellement à celle des revenus, et
donc en même la quantité de céréales détournées de l’alimentation
humaine : il faut en effet de 12 à 15 calories de céréales pour produire 1
calorie de protéine animale.
Le gaspillage alimentaire :
Le gaspillage alimentaire :
Dans les pays développés (ex. Canada), 50%
des pertes se font au niveau des ménages, les autres pertes se produisant au
niveau du champ, de la culture (9%), de la transformation et du conditionnement
(18%), de la distribution (11%), de la restauration (8%), des transports (3%).
En ce qui concerne les céréales,
l’essentiel des pertes provient en Europe et aux USA des familles, mais en
Afrique de la culture. Pour les fruits et légumes, produits fragiles, les
pertes liées à la culture et à la récolte sont importantes partout.
Le paradoxe est que, pour une population
actuelle de 7 milliards d’individus, la production agricole totale se monte à
4600 cal / jour / personne, mais que la disponibilité nette (du fait des pertes
liées aux récoltes, à la nourriture animale, à la distribution et à la
consommation des ménages) n’est que de 2000 cal / jour / personne.
3 – Les limites écologiques.
3 – Les limites écologiques.
Ces limites ont été franchies dans 3 domaines en relation avec les manières de produire et de consommer : la biodiversité : 10 fois plus de pertes que de renouvellement des espèces ; le cycle de l’azote : on ne devrait retirer de l’atmosphère que 35 millions de tonnes d’azote par an, mais on en retire 121 millions de tonnes, soit au moins 3 fois plus ; le changement climatique : on atteint aujourd’hui un plafond de 400 particules / million de gaz à effet de serre.
Ces
limites sont aussi franchies sur le plan des ressources :
Les engrais utilisés pour la régénération des sols sont composés d’azote, de phosphate, de potassium. Ils entraînent la pollution des sols et des nappes phréatiques, et par l’absorption de l’oxygène de l’eau lors de leur dispersion, un phénomène d’eutrophication[3] et la création de zones mortes dans l’océan pour les poissons (Mexique).
Le phosphate d’autre part est en voie de raréfaction : on a dépassé le pic de production du phosphate, de plus en plus cher et de moins en moins disponible. A l’horizon 2030, 2040, sa disparition va impliquer une révision des manières de cultiver.
L’eau. 70% de l’eau douce sert à l’irrigation, le reste aux besoins industriels et ménagers. On constate un manque d’eau et des sécheresses à répétition : creusement de puits de plus en plus profonds dans des nappes phréatiques fossiles, stress hydrique affectant des régions entières, une concurrence autour de l’eau de plus en plus intense.
Le pétrole. L’évolution des prix du pétrole et des prix alimentaires vont de pair car les systèmes agro-alimentaires sont très énergivores : la production des engrais à base de synthèse d’azote, le transport des intrants, la mécanisation de la production, le transport des récoltes, la transformation, la chaîne du froid ont un impact sur les prix. Le début de la dépendance date des années 20, avec la découverte de la synthèse de l’azote par Fritz Haber (responsable du développement du gaz moutarde en 14-18, prix Nobel de chimie, etc.).
Les engrais utilisés pour la régénération des sols sont composés d’azote, de phosphate, de potassium. Ils entraînent la pollution des sols et des nappes phréatiques, et par l’absorption de l’oxygène de l’eau lors de leur dispersion, un phénomène d’eutrophication[3] et la création de zones mortes dans l’océan pour les poissons (Mexique).
Le phosphate d’autre part est en voie de raréfaction : on a dépassé le pic de production du phosphate, de plus en plus cher et de moins en moins disponible. A l’horizon 2030, 2040, sa disparition va impliquer une révision des manières de cultiver.
L’eau. 70% de l’eau douce sert à l’irrigation, le reste aux besoins industriels et ménagers. On constate un manque d’eau et des sécheresses à répétition : creusement de puits de plus en plus profonds dans des nappes phréatiques fossiles, stress hydrique affectant des régions entières, une concurrence autour de l’eau de plus en plus intense.
Le pétrole. L’évolution des prix du pétrole et des prix alimentaires vont de pair car les systèmes agro-alimentaires sont très énergivores : la production des engrais à base de synthèse d’azote, le transport des intrants, la mécanisation de la production, le transport des récoltes, la transformation, la chaîne du froid ont un impact sur les prix. Le début de la dépendance date des années 20, avec la découverte de la synthèse de l’azote par Fritz Haber (responsable du développement du gaz moutarde en 14-18, prix Nobel de chimie, etc.).
L’impact du changement climatique sur l’agriculture est décrit dans le 1er volet du 5ème rapport du GIEC, publié le 27 septembre 2013. Même si le réchauffement climatique (- de 1°) est une réalité encore peu tangible, les dérèglements climatiques affectent, sous forme de phénomènes météo extrêmes liés au changement climatique les pays en développement comme les autres.
Le scénario du GIEC est que, à politique inchangée, le réchauffement sera de +4,8° C à l’horizon 2100.
Un scénario « optimiste » n’est pas plausible car il suppose l’arrêt des émissions de gaz à effet de serre, avec malgré tout une augmentation des températures.
La conséquence autour de 2080 est une chute énorme de la production agricole, de -15% à -50% dans certaines régions (Afrique subsaharienne…) et une augmentation dans d’autres (Canada, Sibérie), les gains dans ces dernières régions ne compensant pas les pertes des premières. Soit au total une prévision d’une chute de -6 à 8% de la production agricole, à mettre en regard avec une augmentation de 1/3 de la population.
Encore s’agit-il d’un scénario assez « optimiste » car prenant en compte l’effet de fertilisation par le carbone qui augmente la croissance de la plante : mais les scientifiques sont divisés à ce sujet…
Or, l’agriculture, apparue il y a 11 000 ans en Mésopotamie, n’a pas connu depuis de variation significative de température de plus de 1° C. Les échéances à venir sont donc très inquiétantes.
Les sols s’appauvrissent et se désertifient : on estime à 25% la surface des sols dégradés par la monoculture, à 20% le pourcentage de sols laissés à l’abandon et très sensibles à l’érosion, en Chine, en Afrique subsaharienne.
Le piège se referme car la manière de produire aujourd’hui accroît les effets du changement climatique : l’agriculture selon le GIEC produisait en 2009 13,5% des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale, mais ce chiffre ne représente que la partie immergée de l’iceberg : car l’essentiel de la contribution de l’agriculture à l’émission de gaz à effet de serre se situe non à l’échelle de la culture, du champ, mais dans la fabrication des engrais, le transport, la transformation industrielle, le conditionnement, la chaîne du froid… L’empreinte écologique de l’activité agricole est extrêmement élevée.
Même si le changement climatique peut apparaître à beaucoup d’acteurs économiques comme une source d’opportunités soutenues éventuellement par la mise en place de politiques d’adaptation à ce changement (développement et vente de technologies ; augmentation de la circulation des denrées alimentaires ayant pour conséquence l’accroissement de la dépendance de régions entières), le changement climatique doit amener à déconcentrer et diversifier la production alimentaire.
4 – La croissance de la pauvreté.
La question de la faim est une question de justice sociale et politique, ce n’est pas une question technique mais une question politique.
La faim touche 1,6 milliard de personnes :
-il s’agit pour la moitié de petits paysans assurant une agriculture de subsistance diversifiée, qui consomment leur production et la vendent au moment de la récolte, mais celle-ci étant insuffisante pour leur assurer une alimentation et des revenus suffisants leur permettant de garantir leur alimentation dans la période de mars-avril à août-septembre, sont obligés de racheter dans cette période au double ou au triple des prix auxquels eux-mêmes les avaient vendus les produits leur permettant de subsister. Cet appauvrissement les conduit à la migration vers les villes ou à rejoindre les grandes exploitations.
-pour 20%, soit 250 millions de personnes, il s’agit de paysans sans terre, d’ouvriers agricoles mal payés migrant de plantation en plantation.
-pour 10%, d’éleveurs, pêcheurs, ne possédant pas de terres, et dont l’alimentation dépend de l’accès libre aux ressources naturelles, aux rivières, aux forêts. Mais cet accès se réduit du fait du changement climatique et de la privatisation de ces ressources.
-pour 20% enfin, il s’agit de pauvres urbains : 1 milliard 400 millions personnes, ne bénéficiant d’aucune protection, vivent dans les bidonvilles des pays en développement.
Tous ces groupes sont victimes du même processus de
développement, et d’un cycle de production de la faim dont les 4 étapes
sont les suivantes :
1) Les
petits agriculteurs sont privés de leurs moyens de production
2) Développement
de la pauvreté et de l’inégalité dans les zones rurales
3) Ruine
des exploitations familiales et extension des grandes plantations et
exploitations
Emploi précaire des travailleurs agricoles
Migration vers les villes
Emploi précaire des travailleurs agricoles
Migration vers les villes
4) Pauvreté
urbaine
Ceci dans le cadre de politiques agricoles déterminées en
fonction de l’impératif du remboursement de la dette des Etats et donc
orientées exclusivement vers la production de cultures d’exportation.
B – Des solutions.
Promouvoir l’agro-écologie :
Cela ne consiste pas à revenir à
l’agriculture traditionnelle utilisant peu d’implants et peu productive. Il
s’agit au contraire de privilégier une agriculture de la connaissance en
substitution d’une agriculture industrielle concevant la production agricole
sur le modèle de la production industrielle, c’est-à-dire d’une façon linéaire.
L’agro-écologie privilégie au contraire une
vision cyclique de la production : les intrants sont produits par
l’agriculteur, les déchets sont réutilisés, dans une attitude d’écoute par
rapport aux besoins de la terre.
Des exemples :
-la triade « riz – canards –
poissons » se développe en Asie, en substitution des engrais chimiques et
pesticides coûteux utilisés auparavant par les paysans. Dans ce nouvel
assemblage, les déjections des canards et poissons fertilisent le sol, les
mouvements des canards oxygènent le sol, les canards, en mangeant les insectes
prédateurs du riz, protègent celui-ci… Les rendements augmentent de 20%, les
coûts diminuent de 80%.
-en Afrique de l’Ouest, le modèle
« pull-push » consiste à croiser et faire cohabiter sur le même
terrain du maïs et des herbes hautes produisant une substance anti-insectes,
donc remplaçant les insecticides, et permettant de protéger l’humidité du sol.
En bordure du terrain d’autres plantes attirent les insectes et les détruisent.
Relocaliser les systèmes alimentaires :
Relocaliser les systèmes alimentaires :
Le problème de la faim relève d’une
attention insuffisante à la production locale au bénéfice des cultures
d’exportation. Cet avantage accordé aux cultures d’exportation entraîne les
petits producteurs dans un cycle d’appauvrissement et de paupérisation que l’on
peut formaliser ainsi :
Cycle d’appauvrissement de la petite agriculture familiale.
Entre 1990 et 2008, la facture
alimentaire des 48 pays les plus pauvres a augmenté de 5 à 6 fois, entraînant
pour les populations locales une augmentation des prix, un sous-développement
local et un assujettissement aux importations.
Mais des solutions et
contre-exemples existent : à Belo Horizonte (Brésil), en 1993, 20% des
enfants étaient mal nourris, et beaucoup de petits producteurs très pauvres ne
trouvaient pas de débouchés pour leurs produits. La municipalité a mis en
relation les petits producteurs et les cantines de la ville : cela a
permis de créer des filières de distribution, l’organisation de marchés paysans
et des transports.
Rebâtir des systèmes de protection sociale :
Depuis 50 ans, on ne parle pas de politique
alimentaire mais de politique agricole basée sur la vente à bas prix pour les
plus pauvres de surplus de production. Il en résulte un appauvrissement des
paysans, une alimentation pauvre, et aussi pour les gouvernants le fait de
considérer le système des bas prix comme un pis-aller à moindre coût par
rapport à l’absence d’une politique sociale efficace : dans le monde, 60%
des familles ne bénéficient pas de protection sociale. Le modèle de production
agricole low cost, qui fonctionne sur le principe de bas salaire et de faible
rémunération pour le producteur en même temps que de subsides aux produits
entrants (carburants, soja, maïs), cumule les impacts environnementaux, sociaux
et de santé publique.
C – Les perspectives et contraintes d’un changement de modèle agricole
-Sortir le droit à l’alimentation du cadre du marché
François Collart-Dutilleul[4] constate que la loi du marché ne fonctionne pas pour les produits agricoles.
La spécificité de la demande de produits alimentaires (une demande qui, dans la mesure où elle correspond, contrairement à d’autres biens de consommation, à un besoin premier, n’est pas solvable et ne peut être reportée) implique de sortir le droit à l’alimentation du cadre du marché dans lequel il est actuellement saisi par les organisations internationales. En ce sens, la poursuite de la fragmentation de la prise en compte, par les organisations internationales, de problématiques connexes ne peut que reproduire les échecs passés des conférences internationales : les trois problématiques des besoins sociaux, du changement climatique, du commerce international, doivent être prises en compte ensemble.
Sortir le droit à l’alimentation du marché consiste à le
mettre sur la loi d’ajustement des ressources et des besoins sociaux
fondamentaux, selon ce que pratiquent déjà pour leur compte les entreprises et
les Etats.
Mais dans la mesure où la marge de manœuvre des Etats est limitée par leur appartenance à l’OMC, c’est plutôt au niveau des régions et des grandes métropoles, exemptes de toute contrainte institutionnelle de la part de l’OMC, que cet ajustement devrait se faire.
-Faire évoluer le droit à l’alimentation
Le droit à l’alimentation est invoqué le plus souvent à
partir de la mise en œuvre du droit national, selon 3 voies d’accès : le
droit de produire son alimentation, le droit d’accès aux produits alimentaires,
le droit à la protection sociale. Mais les juges sont obligés de bouger :
c’est le cas en Inde où des ONG font évoluer la Cour suprême dans le sens d’une
prise en compte dans le droit à l’alimentation de la lutte contre la corruption
et des pertes alimentaires.
-Défragmenter la gouvernance (mondiale, nationale, européenne).
La question de la fragmentation de la gouvernance mondiale se
pose en particulier pour le Comité de la sécurité alimentaire mondial
(CSA : http://www.fao.org/cfs/cfs-home/fr/),
un organisme de gouvernance mondiale participatif regroupant la FAO, les ONG, les
gouvernements, mais qui semble avoir du mal à faire entendre sa voix face à la
concurrence du G20 et surtout de l’OMC, qui interdit au CSA de traiter de la
question du commerce mondial en son sein.
Le manque de ponts entre la politique agricole, la lutte contre la pauvreté, la politique de santé, est constaté également au niveau national (au Canada, le Conseil de politique alimentaire essaie justement de créer du lien entre les différentes politiques[5]), voire au niveau européen, où l’on constate (en particulier sur la question des agro-carburants) des problèmes de cohérence entre des directions opposées sur l’orientation de la PAC.
-Favoriser le changement des modes de consommation alimentaire, en particulier par une éducation adaptée en ce sens au niveau des écoles et cantines scolaires, en faisant appel à la responsabilité de consommateurs des enfants… et des parents.
************
René Dumont, il y a 50 ans, avait prédit cette
évolution du système agro-alimentaire : il n’a pas été écouté, personne n’a
tenu compte de ses avertissements. Il ne peut y avoir de réforme en l’absence
de la participation des pauvres à des décisions politiques relevant d’un
système politique qui leur est fermé. Le droit à l’alimentation
implique l’accès des pauvres à la responsabilité politique : il s’agit non
pas de demander aux pauvres leur avis, mais de faire des pauvres, qui
comprennent beaucoup mieux que tout expert leurs besoins immédiats, des acteurs
de leur destin. Sur le terrain, on constate en effet que les pauvres ont, sur
la question qui les concerne directement, une approche très différente de celle
des membres des institutions ou ONG : on les traite, de même que les
Indiens lors de la Conférence de Valladolid, comme des enfants. C’est en
cessant de les considérer ainsi, à cette seule condition que les plus pauvres
participent à la définition des politiques publiques, que la question de la
faim cessera d’être vue comme un problème technique pour être considérée comme
ce qu’elle est vraiment, un problème politique.
[1]
http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Bombe_P Po : la thèse
du livre prédit qu'une famine massive aura lieu au cours des années 1970 et 1980, notamment à cause de la
croissance de la population mondiale, et demande que des actions politiques
soient immédiatement mises en place pour limiter la croissance démographique.
Best-seller, le livre s'est vendu à plus de deux millions d'exemplaires et a
contribué à la prise de conscience collective sur les problématiques de
population et d'environnement dans les années 1960 et 19701.
[2] Obésité (BMI) : se mesure par 30
kg/ m2 or more.
[3] Enrichissement artificiel d'une eau en matières nutritives d'origine
industrielle, qui peut perturber l'équilibre biologique des eaux par diminution
de l'oxygène dissous.
[4] Professeur de l’université de Nantes
spécialiste en droit de l’environnement et de l’agro-alimentaire, responsable
du projet Lascaux http://www.droit-aliments-terre.eu
[5]
http://www.ccnpps.ca/docs/FoodPolicyCouncils-ConseilsPolitiqueAlimentaire_FR.pdf
